La chasse à l’arc et l'art du camouflage


Cet article n’a pas pour but de détailler point par point au civil lambda, où, quand, comment et avec quoi devenir un tireur à l’arc. Il n’est modestement qu’une synthèse de ma maigre expérience sur le sujet, des récits d’amis chasseurs et de manuscrits spécialisés dans le domaine, notamment l’excellent livre de Daniel Chaste et Frédéric Chaptal : Le monde de La Chasse à l’Arc.

Généralité
En rapport avec l’activité dont il est question, ce sujet aborde aussi le thème de la survie, celle-ci étant consécutive à un probable effondrement de notre mode de vie. Donc, partez d’un contexte où les forces de l’ordre font défauts, où la chasse sera immanquablement plus qu’un loisir et où, surtout, il restera une possibilité qu’il y ait plusieurs chasseurs hostiles sur la même proie, voire que vous serez vous-même la proie. Pour le moment, tout cela relève du domaine de l’anticipation, et souhaitons que ça le reste… Car en France, des animaux il n’en subsiste plus beaucoup. Si les chaines logistiques se brisent, les gens pilleront. Lorsqu’il n’y aura plus rien à piller, ceux qui auront anticipé le phénomène vivront de permaculture et des animaux de leur fermette ; une minorité qui ne survivra, face à la convoitise de leur jardin et cheptel, que si leurs propriétaires s’unissent pour former une communauté, voire un village fortifié. En dehors de cela, les animaux seront impitoyablement chassés ; chiens, chats, pigeons, lapins vont y passer en premier. Les autres, plus sauvages, suivront tout de même. Mais la réserve animalière est maigre parmi nos contrées. Si, à ce stade, la situation ne s’est pas rétablie en France, que mangeront alors les survivants ?

Revenons à notre activité.

D’abord, sachez qu’il y a quelques principes à respecter, pour ceux qui n’ont jamais pratiqué. L’Occidental de base est aux antipodes de l’Indien d’Amérique. Il est aussi silencieux qu’une tractopelle servant de voiture balai un jour de mariage avec une queue de conserves accroché à son cul. Aussi inodore qu’une jouvencelle, un soir de « chasse à l’homme ». Aussi camouflé qu’un militaire en pleine cité HLM dans un quartier du 93…

Comme on n’a pas la chance d’avoir un Apache sous la main pour écrire cet article, c’est donc votre serviteur, bon Occidental de souche, le corps malheureusement encore trop recouvert de cet épais vernis civilisationnel, qui va s’en charger.

Bon à savoir
  La peau d’un animal est parfois très épaisse. Sachez utiliser la bonne lame de chasse en fonction de votre proie. Un fort pouvoir de pénétration, créant une hémorragie efficace, est primordial.
  Ne vous précipitez pas immédiatement après avoir tiré un animal. Restez immobile. Une proie n’a pas toujours conscience de l’agression dont elle a été victime. Le cas contraire, elle peut aussi perdre du temps à chercher d’où vient ladite agression, et ainsi décider de ne pas fuir, tandis que l’hémorragie fera son œuvre de mort. Si le chasseur se précipite trop vite hors de sa cache après le tir, sans même savoir s’il a touché par ailleurs, la proie verra une montée d’adrénaline envahir son corps, ce qui lui fournira un regain d’énergie pour fuir ou attaquer.
  Savoir bien se placer, et tirer sa proie de préférence vers l’arrière, voire de trois quarts arrière. À défaut, on fera la décoche de profil ou de dos. Certes, cette dernière façon de faire n’est pas très glorieuse, mais on est en mode survie, rappelons-le.
  Connaître l’emplacement des organes vitaux de chaque animal et éviter ainsi de seulement le blesser puis de le perdre définitivement. Il faut savoir que la blessure franche d’une flèche est moins grave que celle d’une balle, et elle cicatrise plus vite.

Les Indiens d’Amérique avaient coutume de dire, à propos d’un animal fléché : « il est mort, mais il ne le sait pas encore. » Une flèche qui ne touche aucun os en pénétrant sa victime peut ne pas faire fuir cette dernière, qui ne prend alors pas immédiatement conscience du danger. Le cas contraire, sa distance de fuite sera d’autant plus grande si elle a aperçu l’archer pendant ou après la décoche.

Après un tir, attendre et ne rien faire, donc. Au terme d’un délai qui peut varier, suivant la résistance de l’animal, entre un quart d’heure et une heure, commencez la recherche au sang. Ne marchez jamais à même la piste de fuite du gibier. Marquez éventuellement la piste avec du tissu, du fil, ou ce qui vous paraît pertinent sur le moment, au cas où la nuit, voire la pluie, rendrait les marques plus difficiles à retrouver. Cela permet de visualiser une direction et d’éviter de piétiner un endroit déjà fouillé si l’on se perd.

Pensez à un empennage voyant. En effet, si la flèche a traversé entièrement l’animal, par exemple, il est important de la retrouver, car elle est porteuse de nombreuses indications : entièrement recouverte de sang, elle a totalement traversé l’animal ; si elle porte des débris de végétaux, elle a atteint le parcours du bol alimentaire ; couverte de matières fécales, elle annonce une atteinte des intestins ; simplement tordue ou abîmée, elle signale l’atteinte d’un sabot ; un seul côté de la lame et une seule plume porteuse de sang, signe que la flèche n’a fait qu’entamer la chair. Ainsi, suivant l’endroit touché, vous pourrez évaluer la difficulté de la piste et s’il y a lieu de la suivre.

Parmi les différentes méthodes de chasse, on trouve :

La chasse à l’affût
Se placer en haut d’un mirador ou d’un arbre à une hauteur d’environ quatre mètres et à une quinzaine de mètres de la cible théorique semble idéal. On peut ensuite, et au choix, soit attirer l’animal avec un appât, soit simplement attendre à proximité de sa coulée (piste) ou place de nourrissage.

Le chasseur à l’affût doit s’attendre à passer de longues heures perché sur son arbre ou mirador. Il faut donc que sa place soit la plus confortable possible afin d’éviter qu’un bras ou un fessier ankylosé ne vienne par intermittence contrarier le silence alentour. La ligne de vue sur l’endroit supposé du tir doit être dégagée. Gardez-vous de courir, faire un parcours du combattant ou plus simplement suer avant de grimper, ceci afin de ne pas laisser votre odeur au sol.

La chasse à l’approche
Notre apache est ici un expert. Il vous dirait que la base de cette chasse est avant tout de l’effectuer sous un vent venant de l’animal vers le chasseur. Exit les couvertures odorantes du commerce ; votre cible la repérera aussi sûrement qu’un Occidental digne de ce nom piste une boulangerie un dimanche matin. Au pire, roulez-vous dans de la bouse de vache ou de tout autre animal des environs ; au mieux, maîtriser le sens du vent et une approche silencieuse.

Il peut être aussi judicieux d’utiliser un camouflage adéquat. En France, dans un contexte normalisé, se promener en tenue militaire n’est pas particulièrement bien vu, ni averti, et c’est ne pas faire preuve d’une grande sagesse ou discrétion… sauf si l’on est effectivement militaire.

Toutefois, sur ce site, nous sommes davantage dans une optique de survie, un contexte où, à priori, le processus de déclin de notre société en est arrivé au chaos. Donc, là, et bien…, rien ne change. Définitivement, si vous n’êtes pas militaire, évitez de vous « déguiser » comme tel. Pour les soldats, c’est un uniforme, pour un civil c’est un déguisement. La consigne générale de tout bon citoyen responsable est de rester discret le plus possible. Cependant, il est vivement encouragé d’adopter une tenue sobre et discrète. Par exemple, des vêtements de randonnée, dans des tons de beige, marron, gris ou coyote.

Le noir est plus visible que vous ne le pensez, le blanc est à éviter sans neige alentour et toute couleur vive est à bannir.

En parlant de discrétion, vous attiserez moins la convoitise avec un arc qu’une arme à feu (ce n’est pas le même outil non plus). Et avec un arc simple, ou d’un aspect détérioré, qu’une magnifique machine de guerre à poulies. Personnellement, j’opte pour un compound de chasse, mais il sera en temps voulu revêtu d’un camouflage particulier, patiné, destiné à casser ses lignes et à le rendre sale.

Penser à vous couler dans le décor. Oubliez votre ancienne démarche saccadée des rues bondées, rythmée avec l’oreillette de votre smartphone, ou précipitée, en courant comme un affamé après votre bus ou métro… À présent, déplacez-vous lorsque la végétation bouge avec le vent. Figez-vous sans perdre l’équilibre lorsque cela est nécessaire. Surtout, ne vous jetez pas au sol comme un arbre qu’on abat si vous pensez avoir été démasqué par votre proie. Mouvement malheureux qui aura l’effet inverse de celui escompté.

Le visage et les mains sont les parties les plus mobiles et reconnaissables chez un être humain. Il est important de les cacher convenablement.

Une astuce simple consiste aussi à progresser dissimulé par un bouclier de feuilles. Pensez aussi à un parapluie. Pas le rose et vert fluo de votre fille, bien sûr ; il convient là aussi d’en avoir un aux couleurs discrètes. Mais un tel objet, agrémenté ou non de feuilles mortes, par exemple, est une singulière et cependant très efficace cape d’invisibilitéLe top en la matière, si vous êtes riche, opportuniste, ancien garde du corps présidentiel, est le parapluie « pare-balles » destiné à protéger notre grand président. 7000 euros l’objet. Mais avec ça, en cas de guerre civile par temps de pluie en pleine forêt encerclé par une meute de sangliers, vous pourriez le rentabiliser.

Chasser à l’arc avec votre chien
Personnellement, si vous n’avez pas un chien parfaitement dressé à l’arrêt, je vous le déconseille. Le bestiau qui sautille entre vos jambes, tout heureux de la balade, qui bondira joyeusement et bruyamment sur votre gibier distant d’une quinzaine de mètres qu’il vous a fallu deux heures à approcher, qui ne sait pas rester immobile ou couché quand il le faut, ce chien-là, donc, laissez-le à la maison, dans votre BAD, puisque nous sommes entre survivalistes.

La chasse à l’appeau et aux appelants
Réservée aux initiés. Il faut connaitre le son que produisent les principaux animaux de vos régions et savoir les reproduire. Toutefois, si bien maîtrisée, cette méthode reste une des meilleures, et il est prouvé que les chasseurs utilisant des appeaux tuent beaucoup plus d’animaux que les autres.

La pêche à l’arc
Si vous trouvez un bon point d’eau, cette technique peut se révéler redoutable. Prenez garde à la diffraction que provoque la surface. Sachez évaluer la profondeur du poisson et sa distance. Le mieux reste encore de chasser à bord d’un bateau. Le matériel est important pour pratiquer cette chasse : posséder un moulinet (il en existe plusieurs sortes) qui se visse sur l’insert frontal de l’arc par le biais d’une tige filetée. Une ligne de pêche, de préférence du gros fil solide. Pointes et flèches de pêche.

Prenez grand soin de ne pas vous tromper dans le montage de la ligne. Il serait en effet mal venu si, suite à une malheureuse erreur de ficelage, la décoche emporte dans l’eau votre main, un bras, la moitié de l’arc, que sais-je encore. Et toujours, abordons-nous le sujet en mode survie, pensez qu’il n’y aura pas d’assistance sanitaire héliportée à proximité pour vous rapatrier le plus vite possible dans les bras délicats d’une infirmière novice.

Sans parler du déroulement du fil qui se bloque, pour une raison quelconque, l’élasticité du nylon de la ligne vous renvoyant sans avis de passage la flèche en pleine face, généralement pointe en avant…

Si vous êtes encore tenté par cette pêche, attachez le fil près de l’encoche. Les flèches destinées à ce mode de chasse sont même percées à cet endroit.

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